René Berthiaume, Ph. D. (lettres)
Formateur en communication écrite
Président du Centre de perfectionnement en français écrit

jeudi 12 juillet 2012

Financier, monétaire et fiscal : trois synonymes?



Ces trois adjectifs, respectivement dérivés de finance, monnaie et fisc, ne sont pas synonymes.

Financier : relatif aux finances, à l'argent. Ex. : produit financier, rapport financier, participation financière, autonomie financière, scandale financier.

Monétaire : relatif à la monnaie d'un pays. Ex. : politique monétaire, système monétaire, zone monétaire. Vous avez sans doute déjà entendu parler du FMI (Fonds monétaire international). Son objectif principal est de veiller à la stabilité du système monétaire international.

Fiscal : qui se rapporte au fisc, à l'impôt. Ex. : évasion fiscale, lois fiscales, paradis fiscal, droit fiscal.

Voici un petit exercice qui vous aidera à bien distinguer ces trois adjectifs souvent confondus. Vous verrez le corrigé après avoir cliqué sur Envoyer.





jeudi 5 juillet 2012

Les grenouilles coassent ou croassent?



Tous les jours, on entend des chats miauler, des hirondelles gazouiller, des moineaux piailler, des pigeons roucouler et des chiens aboyer. Il arrive même à certaines personnes d'aboyer (après ou contre quelqu'un) ou de japper (après quelqu'un).

À la campagne, les moutons bêlent, les abeilles bourdonnent, les hiboux hululent, les chevaux hennissent, les cigales stridulent et les mésanges... zinzinulent. Quelle jolie collection de verbes!

Cela dit, est-ce que les grenouilles coassent ou croassent? Je ne vous répondrai pas tout de suite. Commencez par remplir la grille ci-dessous. Vous verrez le corrigé après avoir cliqué sur Envoyer.


Les tigres feulent... et ronronnent. Chose curieuse, les tigres ne ronronnent que lors de l'expiration, alors que le léopard ronronne également à l'inspiration.

Eh oui! Les crocodiles pleurent! Avez-vous déjà versé des larmes de crocodile (larmes hypocrites)?

Le paon braille ou criaille. Quand il étale les plumes de sa queue sous la forme d'un éventail, on dit qu'il fait la roue.

Il reste la corneille et la grenouille. Voyons ce qu'en dit l'Office da la langue française (Banque de dépannage linguistique) :

« Coasser signifie pousser son cri, en parlant de la grenouille ou du crapaud. Ce mot est emprunté au latin coaxare, lui-même formé à partir du grec koax, onomatopée du cri de la grenouille.

Croasser signifie pousser son cri, en parlant du corbeau ou de la corneille. Il est dérivé de l'onomatopée kro-.

Notons finalement que le nom coassement désigne le cri de la grenouille et croassement celui du corbeau. »

En forme pour un autre petit jeu? C'est le dernier de la semaine, je vous le promets!

mercredi 27 juin 2012

Enrichissez votre palette de couleurs



Tout le monde connaît les couleurs dites primaires (rouge, bleu, jaune) et les couleurs obtenues par mélange (comme le violet, composé de bleu et de rouge).

En revanche, rares sont les personnes qui arrivent à exprimer la gamme infinie des nuances, c'est-à-dire des degrés d'une même couleur. Par exemple, les noms amarante, bordeaux et rubis désignent des nuances de rouge, chamois et jonquille désignent des nuances de jaune, etc.

Pour nommer les couleurs et leurs nuances, on emploie non seulement des adjectifs (noir, brun, jaune), mais également de très nombreux noms de plantes ou de fruits (pervenche, citron), d'animaux (chamois), de minéraux (turquoise) ou d'autres éléments (rouille).

Comment enrichir votre palette de couleurs? En vous servant du Petit Robert, par exemple. Ouvrez-le à l'adjectif vert. Vous serez étonné du nombre de nuances que vous y trouverez.

Quand il s'agit d'accorder correctement tous ces noms et adjectifs, certains voient rouge.



Dans ce billet, je ne parlerai que de deux cas.

Adjectif de couleur (bleu, vert, rouge, blond, etc.) : accord en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte. Des yeux bleus, des cheveux blonds.

Nom commun évoquant la couleur d'une chose (noisette, orange, marron, aubergine, etc.) : invariable. Des yeux noisette (de la couleur d'une noisette), des tissus aubergine (de la couleur d'une aubergine).

Sept mots font exception : rose, mauve, pourpre, écarlate, fauve, incarnat et vermeil. Lorsque ces sept mots sont utilisés comme adjectifs de couleur, ils s'accordent en genre et en nombre avec le nom auquel ils se rapportent. Lorsque j'offre des fleurs à ma bien-aimée, ses joues deviennent roses ou vermeilles, selon les circonstances!

Parmi les sept exceptions, fauve est particulièrement intéressant. Avez-vous déjà essayé de dompter un fauve comme celui-ci?


Fauve peut également être adjectif de couleur (d'un jaune tirant sur le roux) : crinière fauve, prunelles fauves, lueur fauve, etc.

À vous de jouer! Mettez vos connaissances à l'épreuve.

jeudi 21 juin 2012

Des chevals ou des chevaux?



« Dans le zoo, les chevals alezans attiraient beaucoup plus l'attention que les orignaux et les marsupiaux. »

À votre avis, combien d'erreurs y a-t-il dans cette phrase? Une seule! Le pluriel chevals est incorrect. Vous aurez beau vérifier dans votre dictionnaire préféré, dans le Multidictionnaire de la langue française (de Marie-Éva de Villers) ou dans le Grand vadémécum de l'orthographe moderne recommandée (de Chantal Contant), vous ne trouverez nulle part la graphie chevals. La seule graphie attestée est chevaux.

Pour les sceptiques, voici ce qu'en dit l'Office de la langue française :

« Le pluriel de cheval est chevaux, comme celui de journal est journaux et celui d'animal, animaux. Cheval avec un s n'est pas le nouveau pluriel de ce mot.  » (Banque de dépannage linguistique)

Petite précision : il n'est pas question du pluriel des mots en -al dans la réforme de l'orthographe.

« L'origine la plus probable de cette rumeur serait associée à une épreuve de français écrit du ministère de l'Éducation du Québec, lors de laquelle les candidats devaient rédiger une dissertation à partir d'un texte de Michel Garneau intitulé Les petits chevals amoureux. » (Portail linguistique du Canada)

Appelons cela une licence poétique!

À l'avenir, si la moutarde vous monte au nez, vous pourrez continuer à monter sur vos grands... chevaux.

À vous de jouer! Voici d'autres mots en -al qui donnent du fil à retordre. Des résultats finals ou finaux?

mercredi 13 juin 2012

Apporter ou emporter? Amener ou emmener?



Pourquoi lit-on « Apportez votre vin » à l'entrée d'un restaurant alors qu'il est écrit « Pizza pour emporter » dans le menu du restaurant voisin?

En choisissant le verbe emporter, on met l'accent sur le point de départ, c'est-à-dire la pizzeria (ou pizzéria). Avec apporter, on a plutôt en tête le lieu d'arrivée, c'est-à-dire le restaurant où l'on se présente avec sa bouteille de vin sous le bras.

Avec la forme pronominale s'emporter, on voit très bien le lien entre emporter et sortir. Quand je m'emporte, je sors de mes gonds!

Il en va de même pour les verbes amener et emmener, que l'on emploie principalement en parlant de personnes : « Je vous amènerai mes enfants ce soir. » Dans cette dernière phrase, on met l'accent sur le lieu d'arrivée. Autre exemple : « J'étouffe dans la maison, emmène-moi faire une promenade. » Cette fois, on a en tête le lieu de départ.

À vous de jouer!

mardi 29 mai 2012

Les mots voyagent


Quand vous vous exprimez dans votre langue, vous cherchez d'abord et avant tout à communiquer. Vous ne vous demandez pas à tout bout de champ d'où vient tel ou tel mot. Par exemple, quand vous commandez une choucroute au restaurant, il ne vous vient pas à l'esprit de vérifier si ce mot est bien d'origine allemande (sauerkraut : herbe sure, aigre).

Je vous propose aujourd'hui une brève remontée aux origines de notre langue. Certaines étapes du voyage en surprendront sans doute plusieurs.

Le fonds primitif du français se compose surtout de mots du latin vulgaire (comme testa, qui a donné tête) et de mots gaulois (comme bruco, qui a donné bruyère). Au Moyen-Âge, le français a emprunté au latin classique, grâce aux clercs, aux lettrés et aux savants, les éléments d'un vocabulaire religieux (paradis, résurrection, etc.), philosophique (idée, matière, etc.) et surtout scientifique (améthyste, équinoxe, occident, etc.). Quant au grec, il a fourni de nombreuses racines : poly-, démo-, télé-, hydro-, etc.

Cela dit, saviez-vous que le français compte une quantité impressionnante de mots empruntés aux langues étrangères? De là à dire que nous sommes polyglottes sans le savoir, il n'y a qu'un pas.

De l'arabe nous sont venus dès le septième siècle des dizaines de mots se rapportant surtout au commerce et à la science : algorithme, zénith, azimut, moka, etc.

Entre le quatorzième et le dix-huitième siècles, tout le commerce du nord de l'Europe passait par la Hollande. Voilà pourquoi plusieurs mots relatifs à la navigation et aux manoeuvres nous viennent du néerlandais : havre, haler, amarrer, quille, beaupré, sans oublier bâbord et tribord, etc.

Quant aux Allemands, ils nous ont surtout transmis, à partir du seizième siècle, des termes militaires : brèche, butin, arquebuse, sabre, etc.

À partir de la découverte de l'Amérique, en 1492, l'Espagne et le Portugal ont enrichi le français de plusieurs mots exotiques : savane, hamac, canari, chocolat, vanille, etc.

Au seizième siècle, les emprunts à l'italien ont envahi le français dans tous les domaines : riz, porcelaine, perle, balcon, galerie, trafic, etc.

Vers 1650, l'influence de l'anglais a commencé à se faire sentir. Des mots comme paletot, pingouin et comité font tellement partie de notre vocabulaire qu'on a du mal à croire qu'ils sont issus de l'anglais.


lundi 14 mai 2012

Les cracks en orthographe connaissent-ils leur langue ?



Vous avez sûrement entendu parler de la défunte Dictée des Amériques, qui a pris pendant 16 ans le relais du Championnat du monde d’orthographe et des Dicos d’or. Ces compétitions hautement médiatisées ont suscité, dans toute la francophonie, un formidable engouement pour l’écriture correcte de notre langue. 

Il existe encore des championnats d'orthographe, notamment en Belgique et en Suisse.

Orthographier correctement les mots pomiculture (un seul m), bayer (dans bayer aux corneilles), rastaquouère, affûtiaux ou gymkhana, accorder correctement les participes passés des verbes pronominaux, placer les traits d’union aux bons endroits, c’est bien et c'est même important. Il ne faudrait toutefois pas oublier une vérité toute simple : la langue française n’est pas qu’un tissu d’embûches orthographiques ou grammaticales, elle est avant tout un moyen d’expression et de communication. Or, quiconque aspire à bien s’exprimer dans sa langue doit commencer par en apprendre le vocabulaire et les structures syntaxiques.

Je ne soulignerai ici que l’importance d’enrichir son vocabulaire. À quoi bon maîtriser l’orthographe si on a de la difficulté à désigner un être ou un objet, à exprimer une sensation ou une idée ? Il y a sans doute bien des cracks en orthographe qui seraient embêtés si on leur demandait de distinguer une chambre forte d’une voûte, une prolongation d’un prolongement, un dépliant publicitaire d’un pamphlet, un paria d’un clochard, un lunatique d’un mythomane.

L’orthographe, on en suit les règles ou on en récite les bizarreries. Le vocabulaire, comme le monde, on n’a jamais fini de le découvrir.

À quand des championnats du monde de vocabulaire ?