René Berthiaume, Ph. D. (lettres)
Formateur en communication écrite
Président du Centre de perfectionnement en français écrit
mardi 17 septembre 2013
Le noyau dur de la langue
C'est la rentrée! C'est reparti pour une nouvelle année! J'espère que vous trouverez le temps de lire mes billets et que vous vous laisserez tenter par les différents jeux-questionnaires.
Vous êtes-vous déjà demandé quel aspect de notre langue est le moins susceptible de se transformer au fil des siècles? Qu'est-ce qui dure le plus longtemps? Le vocabulaire? L'orthographe? La syntaxe?
Avant de répondre, lisez l'extrait suivant de l'Encyclopédie méthodique de Jean-Nicolas Démeunier, qui date de 1784. Cherchez les éléments du texte qui vous paraissent vieillots, anachroniques :
« Avant la découverte du Canada, les forêts qui le couvroient, n'étoient, pour ainsi dire, qu'un vaste repaire de bêtes fauves. Elles s'y étoient prodigieusement multipliées, parce que le peu d'hommes qui couroient dans ces déserts, sans troupeaux & sans animaux domestiques, laissoient plus d'espace & de nourriture aux espèces errantes & libres comme eux. Faute d'arts & de culture, le sauvage se nourrissoit & s'habilloit uniquement aux dépens des bêtes. »
Vous avez sûrement été frappés par deux particularités orthographiques. Premièrement, les terminaisons verbales -ait et -aient s'écrivaient il y a 200 ans -oit et -oient. Ensuite, le symbole &, qu'on nomme habituellement « perluète », remplaçait souvent la conjonction et. De nos jours, cette perluète ne se voit plus que dans les raisons sociales.
L'orthographe a donc évolué depuis 1784. Elle est d'ailleurs encore en pleine mutation!
Analysons maintenant le vocabulaire de notre encyclopédiste Démeunier. Qui oserait de nos jours associer la faune nord-américaine à un « vaste repaire de bêtes fauves »? Au dix-huitième siècle, fauve signifiait surtout « qui tire sur le roux ». Les chevreuils, par exemple, étaient qualifiés de bêtes fauves. Aujourd'hui, un fauve, c'est un félin de grande taille.
Prenons maintenant le mot sauvages. Je serais bien malvenu de qualifier les peuples autochtones du Canada de sauvages. L'appellation était pourtant courante au dix-huitième siècle, et elle n'avait pas de caractère péjoratif. Les sauvages (mot issu du latin silva : « forêt »), c'étaient des hommes et des femmes qui vivaient, ou bien de l'agriculture, ou bien du produit de la chasse.
L'aspect de la langue qui n'a pour ainsi dire pas bougé depuis deux siècles, c'est la syntaxe, c'est-à-dire « les règles qui président à l'ordre des mots et à la construction des phrases » (Petit Robert). On pourrait comparer la syntaxe à un édifice assez solide pour résister aux pires secousses sismiques.
Si on prend des libertés avec la syntaxe, on attaque la structure même de la langue.
Chaque langue a une syntaxe qui lui est propre. C'est son noyau dur. Par exemple, il est inadmissible de dire : « Je veux avec vous vivre. » On ne peut bouleverser à sa guise l'ordre des mots.
À vous de jouer! Comme d'habitude, vous verrez le corrigé après avoir cliqué sur Envoyer.
mercredi 5 juin 2013
Tel était Guillaume Tell
Me voici de retour après quelques semaines de travail intensif et beaucoup de déplacements en région pour donner des formations. Cette semaine, je souffle un peu et c'est avec plaisir que je reprends l'écriture de mes billets.
Vous l'avez deviné, le présent billet porte sur l'adjectif tel. Faut-il l'accorder avec le nom qui précède ou le nom qui suit?
Je vous invite à lire les deux phrases suivantes, que j'ai trouvées dans le Multidictionnaire de la langue française :
« Le projet a été évalué selon de nombreux critères telles la rentabilité, la qualité de la recherche et la pertinence des objectifs. »
« Le projet a été évalué selon de nombreux critères tels que la rentabilité, la qualité de la recherche et la pertinence des objectifs. »
Lorsque tel n'est pas suivi de que, il s'accorde avec le ou les noms qui le suivent :
« Une personne tel François serait le candidat idéal. »
Lorsque tel est suivi de que, il s'accorde avec le nom qui le précède :
« Des personnes telles que Pierre et François seraient les candidats idéaux. »
Tel que est habituellement suivi d'un nom ou d'une énumération. Dans certains cas, il est suivi d'une proposition. Tel s'accorde alors avec le nom auquel il se rapporte :
« Telles qu'elles ont été rédigées, ces notes sont parfaitement claires. »
Dans cette phrase, tel que est suivi d'une proposition et s'accorde avec notes.
Remarque importante : on peut faire suivre tel que d'un participe passé à condition que tel se rapporte à un nom ou à un pronom bien déterminé :
« La ville, telle que décrite dans les guides touristiques, semble intéressante. »
Comparez avec la phrase suivante :
« Tel que convenu, l'acte de vente sera signé le 20 août. »
Dans cette dernière phrase, tel ne se rapporte à aucun nom ou pronom. Il fallait écrire :
« Comme convenu, l'acte de vente sera signé le 20 août. »
À vous de jouer! Comme d'habitude, vous verrez le corrigé après avoir cliqué sur Envoyer.
jeudi 18 avril 2013
Le participe passé sans auxiliaire
N'allez pas croire que je vais vous assommer d'un seul coup avec toutes les règles : participe passé avec avoir, avec être, etc. Allons-y étape par étape.
Aujourd'hui, un seul sujet : l'accord du participe passé sans auxiliaire.
Employé seul, le participe passé s'accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte, comme s'il s'agissait d'un adjectif : « Poussés par le désir de vaincre, les concurrents se surpassèrent. » Le participe passé poussés s'accorde avec le nom concurrents.
Bien entendu, il existe des cas particuliers : y compris, non compris, excepté, passé et vu peuvent être employés comme prépositions. Ils sont alors placés devant un nom ou un pronom et demeurent invariables : « Tous les commerces seront fermés, excepté les établissements bancaires. » Le participe passé excepté est ici synonyme de la préposition sauf.
Quand ces cinq participes passés sont placés après un nom ou un pronom, il deviennent adjectifs et s'accordent : « Les établissements bancaires exceptés, tous les commerces seront fermés. » Dans cette phrase, on ne peut remplacer le participe passé exceptés par la préposition sauf.
À vous de jouer! Vous verrez le corrigé après avoir cliqué sur Envoyer.
jeudi 11 avril 2013
Un tout nouveau dictionnaire
Dans le tout nouveau dictionnaire Usito (www.usito.com), entièrement conçu et réalisé au Québec, on trouve pas moins de trois définitions du mot gibelotte. La première est semblable à celle du Petit Robert. La deuxième est conforme à un certain usage québécois : « Mets à base de poissons et de légumes cuits dans un bouillon aromatisé. » Exemple : la gibelotte des îles de Sorel. Voici la troisième définition, conforme à l'usage québécois le plus répandu : « Mets, mélange sans consistance, généralement peu appétissant. »
Si vous apostrophez un restaurateur parisien en lui disant que son boeuf bourguignon, c'est de la gibelotte, croyez-vous qu'il saisira le message!
Vous chercherez en vain le mot cipaille (ou cipâte, six-pâtes) dans le Petit Robert. Vous le trouverez dans Usito : « Paté composé de plusieurs couches de viandes mélangées à des pommes de terre en morceaux, pouvant être séparées d'une abaisse. » Hum! ça donne l'eau à la bouche!
On trouve parfois des choses étonnantes dans Usito. Saviez-vous que le mot bobettes est toujours pluriel? On met ses bobettes et non sa bobette.
N'allez pas croire qu'Usito est un dictionnaire de québécismes. Il s'agit d'une « description ouverte de la langue française, qui reflète la réalité québécoise, canadienne et nord-américaine tout en créant des ponts avec le reste de la francophonie ». Le dictionnaire comprend 100 000 emplois, dont 10 000 propres au Québec. Chapeau aux auteurs!
Enfin, vous trouverez dans Usito une intéressante liste de proverbes, pas nécessairement québécois. C'est d'ailleurs le sujet du jeu-questionnaire de cette semaine. Remplissez les blancs! Comme d'habitude, vous verrez le corrigé après avoir cliqué sur Envoyer.
mercredi 27 mars 2013
Avez-vous du pep?
Vous avez été très nombreux (une centaine de personnes) à répondre aux cinq questions du dernier pot-pourri. Vous m'en voyez ravi!
Je ne crois pas me tromper en disant qu'un second pot-pourri serait apprécié. Le voici!
La première question porte sur le mot pep, qui est dans le Petit Robert. Connaissez-vous l'étymologie de ce mot?
Mon prochain billet portera sur le tout nouveau dictionnaire Usito, « une description ouverte de la langue française, qui reflète la réalité québécoise, canadienne et nord-américaine, tout en créant des ponts avec le reste de la francophonie ».
Ce nouveau dictionnaire a été réalisé sous la direction de quatre professeurs de l'Université de Sherbrooke. Prenez le temps d'y jeter un coup d'oeil : www.usito.com.
À vous de jouer! Vous verrez le corrigé après avoir cliqué sur Envoyer.
Je ne crois pas me tromper en disant qu'un second pot-pourri serait apprécié. Le voici!
La première question porte sur le mot pep, qui est dans le Petit Robert. Connaissez-vous l'étymologie de ce mot?
Mon prochain billet portera sur le tout nouveau dictionnaire Usito, « une description ouverte de la langue française, qui reflète la réalité québécoise, canadienne et nord-américaine, tout en créant des ponts avec le reste de la francophonie ».
Ce nouveau dictionnaire a été réalisé sous la direction de quatre professeurs de l'Université de Sherbrooke. Prenez le temps d'y jeter un coup d'oeil : www.usito.com.
À vous de jouer! Vous verrez le corrigé après avoir cliqué sur Envoyer.
vendredi 8 mars 2013
Pot-pourri
Vous connaissez tous les pots-pourris musicaux, les pots-pourris de textes littéraires... ou les pots-pourris de fleurs séchées, d'aliments divers, etc. Avez-vous déjà entendu parler d'un pot-pourri de capsules linguistiques? Je vous en propose un aujourd'hui.
Vous vous demandez peut-être pourquoi on appelle « pot-pourri » un mélange de choses hétéroclites. La réponse est dans le site Internet Expressio : « Le mot apparaît chez Rabelais en 1564. Il y désigne un ragoût, comprenant plusieurs sortes de viandes et de légumes mélangés. On comprend bien la présence de « pot », puisque le mot désignait déjà ce grand récipient suspendu dans la cheminée [...]. Mais pourquoi « pourri »? Cela vient simplement du fait qu'au seizième siècle, étaient « pourris » les aliments très ramollis et éclatés à la suite d'un excès de cuisson [...]. »
Comme d'habitude, vous verrez le corrigé après avoir cliqué sur Envoyer.
Vous vous demandez peut-être pourquoi on appelle « pot-pourri » un mélange de choses hétéroclites. La réponse est dans le site Internet Expressio : « Le mot apparaît chez Rabelais en 1564. Il y désigne un ragoût, comprenant plusieurs sortes de viandes et de légumes mélangés. On comprend bien la présence de « pot », puisque le mot désignait déjà ce grand récipient suspendu dans la cheminée [...]. Mais pourquoi « pourri »? Cela vient simplement du fait qu'au seizième siècle, étaient « pourris » les aliments très ramollis et éclatés à la suite d'un excès de cuisson [...]. »
Comme d'habitude, vous verrez le corrigé après avoir cliqué sur Envoyer.
vendredi 22 février 2013
Heureux qui, comme Ulysse...
Je vous invite tout de go à trouver les cinq erreurs que j'ai volontairement commises dans le texte suivant, qui parle de voyage, d'évasion et de découverte. Heureuse qui, comme Marie, a fait un beau voyage!
Il y a deux fautes d'orthographe et trois fautes d'accord. Bonne recherche!
Petit coup de main : les noms propres sont bien écrits.
« Au mitan de sa vie, Marie avait la bougeotte et ressentait un besoin impérieux de changer d'air. Elle s'imaginait parfois à la dérive, ballottée sur les flots bleu azur du Pacifique, au large d'un chapelet d'atolls ensoleillés. Elle revint vite sur terre.
Au fond d'elle-même, Marie voulait marcher, non pas se balader çà et là près de son chez soi, mais faire un vrai voyage à pied. Elle choisit comme destination le sud-ouest de la France. C'était à son tour d'admirer les châteaux cathares et les fresques polychromes de Lascaux.
Dès les premiers pas sur les chemins parfois cahoteux mais jamais impratiquables du Périgord, Marie s'est sentie renaître. Les forteresses médiévales, les falaises ocres, les cavernes où les hommes de Cro-Magnon avaient peint des animaux géants tel le mammouth, tout cela la fascinait.
Un jour, elle découvrit chez un antiquaire un bric-à-brac fabuleux. Des planisphères jaunis et des glaces sans tain étaient disposées à côté de meubles décrépits. Des objets hétéroclites, elle en avait déjà vu, mais jamais en si grande quantité.
Un jour de canicule où l'asphalte des routes carrossables était ramolli par la chaleur, Marie ne put échapper à l'érythème solaire. Elle se consola le soir en faisant bonne chère. Au menu : omelette aux cèpes, pommes de terre sautées à la graisse d'oie et aillées, reines-claudes et confiture de coings. Il va sans dire que le tout fut arrosé d'un grand cru.
Une fois regagnées ses pénates, Marie, les yeux tout pétillants et les joues vermeilles, n'avait qu'une seule envie : planifier sa prochaine évasion. « On n'a qu'une vie à vivre », se dit-elle dans son for intérieur. »
Inscription à :
Articles (Atom)





